Son diagnostic de cancer, son livre à succès, sa nouvelle carrière de conférencière… On sait tout de la seconde vie de notre bénévole de campagne Sophie Reis. Pourtant, c’est dans la première que son énergie de vivre trouve sa source. C’est ce qu’elle nous raconte dans cet entretien exclusif!

«Quand j’ai eu le diagnostic officiel, ce 4 décembre 2020, c’était très clair pour moi: je ne voulais pas survivre. Je voulais vivre».

Même si elle l’a racontée mille fois en conférence et interviews, c’est avec une verve intacte que Sophie Reis commence son histoire. Une vie heureuse, ses deux enfants, la pandémie, l’examen de routine, et le diagnostic qui tombe, brutal: cancer du sein.

Le coup est rude, le temps s’arrête, mais la jeune femme encaisse et laisse son naturel revenir au galop. «Il était hors de question que j’abandonne le contrôle de ma vie à cette maladie, lance-t-elle, encore habitée par ce défi. C’est comme ça que j’ai commencé à m’informer et que je suis devenue PDG de ma propre santé.»

C’est comme ça aussi que sa deuxième vie a commencé.

Sur le chemin de la rémission, Sophie Reis trouvera une énergie considérable. Elle écrira Un Cancer en cadeau, à la fois succès en librairie et guide de référence pour outiller les suivantes et les suivants. Elle multipliera les conférences aussi, où elle partagera son périple et tout ce qu’il lui a appris. Elle prendra même le temps – dieu sait comment – d’assurer de nombreux engagements, comme le prouve son implication sur notre cabinet de campagne.

Aujourd’hui que cette énergie commence un peu à lui manquer, on a voulu savoir où elle prenait sa source. Et on a réalisé qu’elle venait moins de cette seconde vie reçue en cadeau que de sa première. Celle que peu connaissent et d’où pourtant tout est parti…

La course en tête

«C’est probablement ma photo préférée de mon père. Elle représente à merveille son côté idéaliste, engagé et un peu baba cool!»

On ne comprend rien à Sophie Reis si l’on ignore la passion de son père: le marathon. Capable de boucler celui de New York en moins de 2h45, il aura écumé tout le Québec pour enchaîner les 42 kilomètres. À l’époque, entre ses courses, ses entraînements incessants et son emploi dans la restauration, sa fille ne le voit pas beaucoup, mais elle en retient l’essentiel:

«C’est un sportif qui n’avait pas peur de se fixer des objectifs, de faire les efforts pour les atteindre et de se montrer résilient sur le chemin. Arrivé au Québec depuis le Portugal à la suite de la Révolution des Œillets et du contexte politique de l’époque, il y a rencontré ma mère, portugaise elle aussi, venue à 14 ans avec une valise à la main. L’une et l’autre ne possédaient que deux choses: leur espoir et leur audace.»

Toute ressemblance avec une personne existante n’est pas fortuite. Sophie Reis a hérité du même feu de construire et de se construire. Sa vie, elle la mène depuis toujours à la même allure et avec la même détermination qu’une marathonienne: assez vite pour s’accomplir, pas trop pour ne pas s’épuiser, mais les yeux rivés sur la ligne d’arrivée.

On a deux choix dans la vie. Soit tu chiales, soit tu passes à l’action.

Alors, l’action ce sera. Dans son demi-sous-sol à Brossard et sans le moindre réseau de contacts, la petite Sophie comprend très tôt qu’elle doit se prendre en charge. Dès 15 ans, tout en menant ses études secondaires et collégiales, elle va donc travailler et engranger de l’expérience. D’abord dans le domaine événementiel et publicitaire, puis comme relationniste de presse au sortir du CEGEP.

Résultat: la jeune femme n’a que 20 ans quand elle lance sa propre agence: Sophie Reis, Relations publiques. À l’âge où d’autres entament leurs premiers stages, elle est déjà une professionnelle confirmée.

Tenace, elle continuera cependant de marier temps plein et études sur les bancs de l’Université de Montréal. «La flexibilité de la Faculté d’éducation permanente a accéléré ma carrière, nous assure-t-elle. Grâce aux cours de relations publiques qui débutaient à 19h, je mettais en application le jour ce que j’avais appris la veille au soir!»

La suite de sa fructueuse carrière s’écrira à la direction des commandites et événements chez Rogers, puis à la direction stratégique des marques Vidéotron. Jusqu’à ce jour de 2016, où la grande question a surgi dans son esprit: pourquoi?

Reprendre son souffle

Je parle souvent de mon tournant de 2020, celui de ma maladie, mais rarement de celui de 2016… Alors qu’il est plus important! J’avais deux enfants, j’étais fatiguée, je voulais reprendre mon souffle… Et puis, il y avait cette question qui m’animait, et qui m’anime encore: comment je peux utiliser mes compétences pour créer de l’impact dans ma communauté, dans mon Québec, dans mon pays et peut-être dans le monde?

Comme souvent en pareille circonstance, la réponse sera aussi bien professionnelle que personnelle.

Il y aura d’abord La Ruche. En découvrant ce projet de sociofinancement au niveau local, Sophie sait qu’elle a trouvé ce qu’elle cherche. Créer des liens, mailler des gens et les aider à créer leur entreprise, c’est tout ce à quoi elle aspire. «J’y voyais la possibilité de faire vivre l’adage “aide-toi et le ciel t’aidera”, s’enthousiasme-t-elle. Alors je me suis jointe au projet et j’ai cofondé l’implantation de La Ruche à Montréal. Ce fut vraiment un beau moment de ma vie!»

Et puis, en parallèle, une autre partie d’elle-même a pris de plus en plus de place.

De ses parents immigrants, Sophie Reis n’a pas seulement hérité son énergie, mais aussi son goût de l’ailleurs et des voyages. Tout ce qu’elle gagnait dans ses jeunes années, elle le consacrait à ce désir d’aller voir ce qui se passe, là-bas, au loin. Devenue mère de famille, elle a continué. Et quand la quête de sens a frappé à sa porte, c’est devenu comme une évidence: elle devait partager cette passion.

«Au moment où je suis tombée enceinte en 2012, on m’a fait comprendre autour de moi que c’était terminé les voyages, se souvient-elle, encore un peu incrédule. Je me suis dit que ces gens-là parlaient pour eux et de ce qu’ils ne connaissaient pas. C’est pour ça qu’en 2016, j’ai créé le premier site de référence pour parents voyageurs (bbjetlag.com). Et c’est aussi pour ça qu’en 2018, j’ai écrit Le Guide des parents voyageurs qui est encore le livre le plus vendu dans la francophonie sur le sujet!»

La ligne d’arrivée

Entre autres choses, Sophie Reis est une grande adepte de l’ikigai (voir ci-contre), une méthode japonaise qui permet de trouver le point de convergence entre ses talents, ses envies et les besoins de la société. C’est comme ça qu’elle a réalisé:

«Au fond, moi ce que je veux, c’est aider les autres à réaliser leurs rêves!»

Leurs rêves d’entreprise avec La Ruche, leurs rêves de voyage avec Le Guide des parents voyageurs et aujourd’hui leurs rêves de santé avec Un Cancer en cadeau.

Tout concorde.

Et son rêve à elle? La question l’interpelle… Après un temps de réflexion, elle se dit prête à ouvrir un troisième chapitre dans lequel, enfin, elle voudrait consolider tout ce qu’elle a donné. Tout ce qu’elle a appris. Donner des conférences, utiliser sa voix pour impacter, voilà à quoi elle emploierait bien cette troisième vie.

À force d’aider les autres à réaliser leurs rêves, je finis par m’épuiser. Ultimement, je rêve peut-être d’avoir un impact, mais aussi un équilibre.

Quand on l’écoute nous raconter, de son débit rapide comme une foulée, toutes ses vies menées tambour battant, on se demande si Sophie finira un jour son marathon.

«À deux reprises, j’ai frappé le mur du 30e km, avoue-t-elle en référence à 2016 et 2020. Mais là, je me sens au 41e kilomètre point quelque chose. J’ai juste le goût de prendre ma médaille, manger mon gros spaghetti et raconter ma course.»

On veut bien la croire… En la laissant filer – en retard pour son appel suivant – on s’est dit que sa ligne d’arrivée était encore bien éloignée. Mais aussi qu’elle, plus que toute autre, l’aura bien méritée.