Le couple de donateurs Angèle Saint-Pierre et Hugo Larochelle a récidivé: désireux de créer une chaire de recherche en IA appliquée à l’environnement, il vient de faire un don de 1,25 M$ à l’UdeM qui s’ajoute à celui qu’il avait fait l’an dernier. Cumulés, ces deux dons permettront à cette chaire dirigée par Étienne Laliberté (au centre) d’utiliser la puissance de calcul de l’IA au bénéfice de la planète. Rencontre avec un couple engagé pour l’avenir!
L’Université de Montréal franchit une étape historique grâce à la vision du couple Angèle Saint-Pierre et Hugo Larochelle. Sa nouvelle contribution de 1,25 million $, s’ajoutant à celle qu’ils ont faite en 2024, a rendu possible la création de la Chaire de recherche en IA appliquée à l’environnement. Le couple — formé d’une diplômée en biologie animale et du nouveau directeur scientifique du Mila — s’engage un peu plus pour la préservation de la planète et le futur de l’humanité.
Sous la direction du chercheur Étienne Laliberté (au milieu sur la photo), cette chaire va bientôt mobiliser la puissance de calcul de l’intelligence artificielle pour traiter des données massives au service de la biodiversité. S’inscrivant dans le 3e pilier de campagne (Assurer la santé de la planète, des humains et des animaux), ce projet ambitieux invite désormais d’autres partenaires à se joindre au mouvement. Comme l’explique Hugo Larochelle : « En appelant l’IA à sa rescousse, nous voyons une manière de maximiser ce que nous pouvons accomplir individuellement pour réaliser quelque chose de plus grand collectivement. »
Nous avons rencontré Angèle Saint-Pierre et Hugo Larochelle pour en apprendre davantage sur eux…
Vous, Angèle, avez obtenu une maîtrise en biologie animale à l’UdeM ; et vous, Hugo, êtes diplômé d’un doctorat en sciences informatiques. Comment avez-vous décidé de redonner à votre alma mater, en vous engageant pour cette cause à mi-chemin entre vos deux formations?
Angèle Saint-Pierre: Je pense qu’on souhaitait effectivement trouver une manière de mêler nos deux intérêts. Et puis, on sentait que donner à l’Université nous permettait de donner pour l’environnement à long terme! Je garde de bons souvenirs de mes années universitaires parce que c’est un moment et un endroit où l’on apprend sans cesse. J’ai sans doute moins socialisé que Hugo parce que je vivais chez mes grands-parents (rires), donc je me dédiais intégralement aux études. Les évaluations me stressaient beaucoup, mais j’ai aimé cette période dédiée à la recherche et aux apprentissages. Ça me manque un peu pour tout dire…
Hugo Larochelle: Oui, le point de départ, c’est qu’on voulait redonner à l’Université de Montréal. J’ai été assez chanceux dans mon parcours et l’UdeM a joué un grand rôle dans cette chance. Au début, on parlait même de lui faire un don sans objectif particulier. Et puis la question environnementale est arrivée dans la discussion… En finançant l’IA appliquée à l’environnement, on a réalisé qu’on pouvait inciter la prochaine génération de chercheurs en informatique à se concentrer sur cette question plutôt qu’une autre application, disons moins bénéfique. L’IA peut aussi avoir un impact intéressant en santé ou en éducation, mais notre sensibilité aux questions environnementales l’a emporté.
On entend beaucoup de choses sur l’IA. En positif, comme en négatif. Comment cette chaire va-t-elle contribuer à la lutte pour l’environnement?
HL: L’humanité fait face à des défis environnementaux complexes. On a donc besoin d’un maximum d’intelligence pour les relever. L’IA est l’une de ces intelligences. C’est vrai qu’elle peut avoir un impact environnemental négatif, mais en fonction des choix qu’on fait, je pense qu’elle peut faire partie de la solution. En règle générale, je trouve que ce n’est pas très constructif d’être pessimiste: ça n’aide pas à résoudre les problèmes. Ma posture est donc toujours la même: faire preuve de vigilance avec l’IA, tout en tirant profit des solutions qu’elle nous offre.
Les solutions, c’est par exemple d’accélérer la recherche de nouveaux matériaux pour développer des panneaux solaires plus efficaces. Ou des batteries plus résilientes qui vont donc améliorer la disponibilité de l’électricité fournie par les énergies renouvelables. En matière de biodiversité, l’IA peut aussi doter les biologistes de meilleurs outils d’analyse, comme fournir aux écologistes une aide pour mieux comprendre l’influence des changements climatiques et des politiques industrielles sur les populations d’animaux. Les possibilités sont nombreuses!
Vos gestes philanthropiques font écho à ceux que vous posez en tant qu’individus et que parents. D’où vous vient ce désir d’engagement et comment se manifeste-t-il au quotidien?
ASP: Nous venons tous les deux de la classe moyenne. Nos familles n’avaient pas beaucoup de moyens, donc elles n’ont jamais fait de grands dons. Mais elles sont généreuses, elles nous ont donc appris à prendre soin de notre prochain. Nous faisons la même chose avec nos quatre filles. Nous voulons les inclure dans nos actions, leur montrer ce qui est bon pour la société et la planète, les conscientiser comme nous l’avons été. Les inclure dans nos engagements, c’est aussi les aider à comprendre pourquoi nous choisissons de faire l’économie d’un luxe exagéré et inutile, afin d’être encore plus généreux envers nos proches et notre communauté. On leur montre qu’il est possible de prioriser autre chose que la consommation. À notre niveau, on essaie de préparer cette nouvelle génération à prendre la relève.
HL : Moi, j’ai quand même le souvenir de voir mon père en train de signer des chèques. «C’est la fin d’année, alors je fais des dons à différents organismes», me dit-il. Ça m’a marqué… Mais l’élément déclencheur, c’est vraiment d’avoir atteint une situation financière qui nous permettait de le faire, qui nous permettait d’agir à grande échelle. Au quotidien, on n’a pas vraiment le goût d’être sous les projecteurs, mais on sait bien que se montrer, couper des rubans, ça permet de faire des petits, d’inspirer d’autres à le faire. Un peu comme lorsque j’ai vu mon père faire des chèques: ça peut planter une graine qui poussera dans le futur!