Trouver le fil conducteur d’une vie n’est pas une mince affaire. Mais celui de Monica Flores est tissé d’évidence. Toute sa carrière, cette cadre exécutive aura écrit son histoire comme elle l’a commencée: en arrivant, en apprenant, en excellant.
Il y a des portraits qu’on pourrait introduire par «il était une fois». Celui de Monica Flores est de ceux-là. Au fond du charmant café de Westmount où elle nous a donné rendez-vous, juste à côté du feu qui crépite joyeusement, elle raconte son histoire où tout s’entremêle: le familial, le personnel, le professionnel, les engagements… Pour reprendre un mot qu’elle affectionne, sa vie est vraiment «un parcours». Celle qui est aujourd’hui une experte-conseil reconnue dans tout le Canada, une spécialiste en relations gouvernementales et affaires publiques réclamée partout, n’a rien oublié de ce parcours de vie qui a fait d’elle une Montréalaise, une Québécoise, une Canadienne et une Salvadorienne. Tout ça, en même temps.
Une immigration studieuse
Si Monica a atterri au Québec à l’âge de deux ans, c’est grâce à l’Université de Montréal. «Mes parents sont venus du Salvador pour leurs études, raconte-t-elle. Mon père avait été accepté pour sa maîtrise en architecture, à la Faculté d’aménagement de l’UdeM. Il est parti devant, et je l’ai rejoint avec ma mère qui comptait poursuivre ses études en psychiatrie à McGill. Et puis, la guerre a éclaté dans notre pays, alors nous sommes restés.» Pour ces nouveaux arrivants, le choc culturel fut rude. Au début des années 1970, le Québec n’était pas aussi bigarré et multiculturel qu’aujourd’hui. «Nous étions loin de notre famille, nous ne connaissions pas grand monde, nous ne parlions pas français et que très peu anglais… Ce n’était pas évident», acquiesce Monica.
Quelques années après son arrivée, la famille achète sa première maison dans l’ouest de l’île. Mais la mère de Monica avait un rêve, un rêve qu’elle nourrissait depuis leur arrivée: vivre dans un des beaux quartiers de l’île de Montréal. Quand ce souhait s’est finalement réalisé, Monica n’avait que 12 ans. Plusieurs décennies ont passé et elle y vit toujours, preuve, comme elle le souligne elle-même «que je suis très ancrée dans la communauté montréalaise».
Un CV bien rempli
Après un baccalauréat en anthropologie à McGill et un MBA à HEC Montréal, elle a occupé des postes de cadre chez les plus grands leaders de l’industrie pharmaceutique et de la santé. Une carrière qu’elle a menée pour partie à l’international, en travaillant dans douze pays différents et en maniant les cinq langues qu’elle parle couramment pour bâtir des ponts entre les cultures.
Directrice principale communication chez IMS Health, puis GSK, elle a ensuite pris la tête de la direction affaires corporatives chez Bristol Myers Squibb, avant d’occuper un rôle de vice-présidente chez Novartis (communications et défense des patients). Forte de toutes ces années d’expérience au plus haut niveau décisionnel, elle décide en 2021 de lancer sa propre société de conseil, Consultation Monica Flores. Elle la mettra sur pause le temps de remplir une mission de vice-présidente affaires gouvernementales et communications chez Téléfilm Canada. Preuve de la versatilité de ses compétences.
Ouvrir la porte aux autres
Son parcours emblématique lui a d’ailleurs valu plus d’une reconnaissance: top 10 des Canadiens hispaniques les plus influents, finaliste du prix du Réseau femmes d’affaires du Québec, invitations dans des conférences et cercles de réflexion prestigieux… Mais ces succès acquis de haute lutte n’ont pas entamé sa conviction: venir d’ailleurs ne devrait pas empêcher d’aller plus loin. Alors, la Monica d’aujourd’hui a décidé d’aider les Monica de demain. «Il y a 4 ans, raconte-t-elle, avec trois autres cadres exécutives originaires du Mexique, du Pérou et du Salvador, on a fondé un réseau pour identifier, soutenir et propulser de futures leadeuses canadiennes, particulièrement celles originaires d’Amérique latine. Ça fait vraiment partie de ma philosophie: comment est-ce que je peux ouvrir la porte aux autres?»
Monica ne cache pas son envie de propulser les talents de la relève, ni sa conviction que son parcours et son succès peuvent servir de modèle. Pour autant, son combat pour un leadership féminin et issu de la diversité n’est pas le seul. Causes sociales, arts, culture, santé, éducation… Elle s’implique dans tout ce qui la mobilise, tout ce qui l’anime, tout ce qui la touche. Elle a été administratrice de La Dauphinelle, un organisme qui vient en aide aux femmes victimes de violence physiques et psychologiques. On a pu la voir sur le comité exécutif du Cercle Force Femmes du Musée des Beaux-Arts de Montréal, ou encore sur celui du Forum International des Femmes (IWF). Et puis, il y a le milieu universitaire, pour lequel elle a un attachement particulier.
Alma mater et pater
«Ce sont les études qui ont conduit ma famille ici, rappelle-t-elle. Si j’ai accepté de participer au cabinet de la campagne L’heure est brave, c’est en raison de ce lien très fort. Quelque part au fond de moi, je me sens redevable envers les études supérieures.» Elle avait déjà beaucoup donné à McGill, l’université de sa mère et de son baccalauréat, alors elle voulait en faire autant pour l’UdeM, l’université de son père et de son MBA. Après l’alma mater, l’alma pater? «Exactement! s’exclame-t-elle. Ce sont deux excellentes institutions. Par le passé, j’ai beaucoup été impliqué avec HEC, que ce soit comme vice-présidente des alumni ou sur le comité Femmes en philanthropie de la Fondation. Mais je voulais faire plus.»
Alors, quand son amie et membre du cabinet Cadleen Désir lui a proposé de s’investir dans la campagne, elle n’a pas hésité. Son rôle, Monica le voit comme celui d’une facilitatrice, d’une personne avec un large réseau dans le secteur privé et public. «Je connais beaucoup de personnes dans l’industrie pharmaceutique qui peuvent amener quelque chose à l’UdeM, illustre-t-elle. Pour bâtir une université encore plus internationale, je peux ouvrir des portes! Toute ma carrière, j’ai prouvé que mes compétences étaient transférables non seulement d’un domaine à l’autre, mais aussi d’un pays à l’autre.»
«Continuer à avoir de l’impact et évoluer»
Plus la conversation avance, plus on est frappé par l’entrain de Monica. À l’écouter, c’est comme si trop n’était jamais assez, comme si, quelque part, il y avait toujours quelque mission à accomplir ou défi à relever, quelqu’un à rencontrer ou à aider, quelque chose à défendre ou à apprendre. «Je crois que notre parcours n’est jamais fini, confirme-t-elle. Encore récemment, j’ai bouclé une formation en gouvernance où j’ai appris à administrer une société. Toute ma vie, je me suis posé cette même question: comment est-ce que je peux continuer à évoluer, mais aussi avoir de l’impact?»
Avoir de l’impact: l’expression revient souvent dans sa bouche. Elle en parle comme d’une mission en tant que gestionnaire, comme d’une exigence qui l’aura guidée toute sa carrière, et même comme d’un engagement moral en tant que citoyenne. Cet impact, on le comprend, c’est sa façon à elle de redonner, de montrer sa gratitude envers les institutions qui ont jalonné son parcours, à commencer par la plus grande d’entre elles: le Canada qui a ouvert les bras à sa famille. Cette reconnaissance-là rend d’autant plus émouvantes toutes les distinctions qu’elle reçoit: quelque part, sa réussite incarne celle du modèle de société qui l’a vue grandir.
Monica a été invitée l’an dernier à prononcer le discours de clôture d’une cérémonie de citoyenneté. Face à elle, une salle remplie de nouvelles Canadiennes et Canadiens, 180 destins emplis d’espoir et de gratitude… Mais aussi son père, qu’elle avait invité pour l’occasion, comme un symbole de sa propre trajectoire. «C’était si émouvant de partager mon histoire, de livrer le discours en anglais et en français, bref de leur raconter ce que ça veut dire, à mes yeux, d’être Canadienne.» Elle ne dira rien des mots qu’elle a adressés à ces gens pour saluer le premier jour du reste de leur vie. Mais si quelqu’un pouvait leur dire qu’une ligne d’arrivée marque toujours un nouveau départ, c’est bien elle.