Le Dr Youssef Bennani vient de faire un don de 500 000 $ à la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM. Rencontre avec le Président du comité consultatif de la FAS qui est aussi un passionné de recherche pharmaceutique, d’éducation et de transmission. 

« Le futur, c’est l’éducation. » S’il fallait trouver une raison, une seule, au don de 500 000 $ que le Dr Youssef Bennani vient de faire à la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM, elle se trouverait sans doute dans ces 4 mots qui résonnent tant avec nos piliers de campagne. Sa passion pour l’éducation supérieure est inextinguible, palpable même lorsqu’il évoque son doctorat en chimie, sa carrière dans l’industrie pharmaceutique et, surtout, sa soif constante d’apprentissage. 

« J’ai étudié pour tout le monde » 

« Je suis une personne qui a grandement bénéficié de l’université, aime raconter celui qui est devenu Président du comité consultatif de la FAS pour la campagne L’Heure est brave. Je suis arrivé au Québec à 20 ans, dans les années 1980, avec 200 $ en poche, sans aucun logement, ni aucune relation. Mais l’Université de Montréal m’a beaucoup aidé. J’ai rencontré le professeur Stephen Hanessian, à la fin de mon baccalauréat, qui m’a demandé ce que je pensais faire. Quand je lui ai dit que je voulais apprendre à faire des médicaments, il m’a répondu : «Si tu veux vraiment apprendre à inventer des médicaments, viens dans mon laboratoire au Département de chimie.» J’y suis resté jusqu’à l’obtention de mon doctorat six ans plus tard… » 

Après des études postdoctorales au Scripps Research Institute en Californie, il débute une fructueuse carrière de recherche dans l’industrie pharmaceutique. Ligand Pharmaceuticals, Abbott Laboratories et Atherys Inc. profiteront coup sur coup de ses talents, avant qu’il ne devienne vice-président, délégué à la recherche et au développement, chez Vertex Pharmaceuticals. Tout cela, en poursuivant des études de management et de gouvernance en parallèle de ses activités professionnelles ! « J’ai passé tant de temps à l’université, s’amuse-t-il, que ma femme dit que j’ai étudié pour tout le monde. » 

Une partie d’échecs 

Inventer des médicaments, le Dr Bennani en rêvait depuis ses jeunes années au Maroc. Les études de médecine de ses deux sœurs l’inspiraient, mais il voulait aussi se démarquer de leur parcours, trouver sa propre voie. Ce sera la recherche pharmaceutique. « C’est un domaine extraordinairement fascinant parce qu’on ignore encore beaucoup de choses de la biologie humaine, explique-t-il. Il n’y a pas de jeu – de jeu intellectuel je veux dire – plus passionnant et multifactoriel que la recherche pharmaceutique. C’est comme livrer une partie d’échecs avec la maladie. Une adversaire redoutable… » 

Pour la vaincre, les universités doivent trouver les futurs Gary Kasparov et Magnus Carlsen du médicament. Et c’est exactement ce qu’ambitionne le don du Dr Bennani à la Faculté des arts et des sciences : ces 500 000 $ permettront de créer un fonds destiné au recrutement d’excellents candidats et candidates au doctorat dans le Département de chimie. Leurs travaux de recherche devront viser à la conception de nouvelles thérapies moléculaires ou à l’amélioration de thérapies moléculaires existantes.

Être un éclaireur 

« L’idée de cette bourse, c’est de jouer un rôle de catalyseur, détaille le donateur. D’une part, en donnant une accélération à la carrière d’une doctorante ou d’un doctorant. Mais d’autre part, en allégeant le fardeau financier de celles et ceux qui hésiteraient à poursuivre leurs études à cause de l’investissement qu’elles représentent. On ne veut pas passer à côté de quelqu’un pour une question pécuniaire ! » 

Après avoir mis sur pied plusieurs unités pharmaceutiques de recherche, démontré un leadership scientifique et une gestion rigoureuse des effectifs, développé des programmes de recherche en neurologie, métabolisme, immunologie et oncologie, le Dr Bennani veut désormais donner la main. Il ressent non seulement le besoin d’aider le suivant, mais aussi de rendre à l’université encore plus qu’elle ne lui a apporté. « Il y a une phrase que j’aime particulièrement, lâche-t-il en guise de conclusion. Elle traduit autant le désir d’aider quelqu’un que le plaisir qu’on retire de son succès : “Si vous allumez une lampe pour quelqu’un d’autre, elle illuminera aussi votre propre chemin…” » 

Être l’éclaireur qui permet l’avancée de la recherche : et si c’était ça, au fond, la meilleure définition du don ?