Pour marquer son don de 10 millions $ à des initiatives sociales de l’Université de Montréal, nous avons invité la Fondation Marcelle et Jean Coutu dans un lieu qui aide les personnes en situation d’itinérance à se relever. À se reconstruire. Et à transitionner vers le logement. Une bonne manière de faire écho à la générosité de la donatrice et de rappeler l’importance, pour toutes nos actions, de l’impact sur les communautés…

À la Fondation Marcelle et Jean Coutu, on donne souvent pour répondre à des urgences. «Valérie, je veux que ça décolle!» a donc lancé, enthousiaste, sa présidente Marie-Josée Coutu à Valérie Amiraux, la vice-rectrice au communautaire, à l’international et aux Premiers Peuples de l’UdeM. Il faut dire que ce don de 10 millions $ de la Fondation au pilier 4 de notre campagne (Favoriser l’épanouissement des communautés) est de ceux qui peuvent réellement changer les choses. Il soutiendra trois initiatives de l’UdeM à fort impact social: la création d’UdeM citoyenne (5 M$), l’appui à la santé et aux droits sexuels des femmes en République démocratique du Congo (3,5 M$) et l’Alimenthèque, un centre communautaire consacré à la lutte contre les insécurités alimentaires (1,5 M$).

Pour souligner ce don à portée humaniste, humanitaire même, il nous semblait opportun de choisir un lieu qui lui aussi change des vies: l’habitation modulaire avec accompagnement (HMA) de Côte-des-Neiges. Installé sur le site de l’ancien hippodrome, à quelques encablures de la station Namur, ce préfabriqué est le fruit d’une collaboration d’une part entre la Ville de Montréal et la Société d’habitation du Québec (pour le financement), et d’autre part entre la Mission Old Brewery et Multicaf (pour la gestion opérationnelle). Un lieu d’autant plus symbolique pour Marie-Josée Coutu, que sa fondation est l’un des principaux soutiens de la Mission Old Brewery. Mais surtout, comme les trois projets portés par la fondation, l’endroit s’affirme comme un symbole puissant de ce qu’on peut accomplir quand on fédère des forces vives au nom du bien commun.

Un lieu qui change la vie des gens

Bonnet vissé sur la tête, un thé au lait à la main, Marco n’a que du bien à dire des HMA. «Ça fait deux mois que je suis ici et ça fait toute une différence, raconte ce résident d’une voix posée. C’est bien plus apaisé et humain que les autres hébergements que j’ai fréquentés. Nous sommes une trentaine dans ce bâtiment, tous dans la même situation: autonomes, en voie de réinsertion et avec un travail pour plus de la moitié d’entre nous.» Lui s’est déniché un petit job dans la construction, mais il espère retrouver bientôt dans sa branche, celle d’avant l’itinérance, quand il œuvrait en philanthropie à la Croix-Rouge.

«Sitôt qu’une personne arrive, on lui laisse quelques jours pour atterrir, et puis on le prend en charge, m’explique Salva Jean-Louis, intervenant au HMA de Namur. On l’aide à refaire son CV, à chercher un emploi, à remplir les demandes de logement…» L’objectif avoué? Placer chaque résident en trois mois. «On a 50% de réussite, se félicite Émilie Fortier, la vice-présidente aux services – itinérance de Mission Old Brewery. La mission de cet habitat modulaire est d’être temporaire, de fournir une transition avant la réinsertion.» Plus qu’une bouée de sauvetage, les personnes aidées trouvent ici les conditions gagnantes d’un retour à la vie normale.

Émilie Fortier présente le HMA à Marie-Josée Coutu, présidente de la Fondation Marcelle et Jean Coutu, et à Daniel Jutras, recteur de l’Université de Montréal.

En philanthropie, on parle souvent d’impact. Ici, chaque personne aidée, chaque itinérant réinséré représentent une victoire, traduit un impact à part entière, certes minuscule pris isolément, mais gigantesque pour le principal intéressé et in fine transformateur pour toute la société. L’écho est aussi symbolique qu’évident: c’est ce genre d’effet concret qu’escompte la Fondation avec son don de 10 millions $.

Aider, de près comme de loin

Entre Marie-Josée Coutu et Valérie Amiraux s’est nouée depuis 2021, au fil d’heures de discussion, une relation de confiance et de collaboration comme on en voit peu. «C’est bien simple, assure Valérie Amiraux, j’ai rarement autant appris au cours d’un projet. Marie-Josée Coutu nous a poussés à affiner notre proposition. C’est une donatrice hors norme qui aide à penser tout en laissant une totale liberté à ses partenaires.» Quand donateur et donataire avancent ainsi, main dans la main, c’est la cause portée qui en ressort gagnante. Ou plutôt les trois causes en l’occurrence…

UdeM citoyenne sera ainsi une toute nouvelle unité chargée de soutenir la culture d’engagement chère à l’Université, mais aussi de bâtir des ponts entre les communautés. Développée autour de trois premiers axes (insécurité alimentaire, itinérance, logement), elle portera une exigence: l’impact envers les populations en situation de vulnérabilité. «UdeM citoyenne sera la porte d’entrée et de sortie de la responsabilité sociale à l’université, détaille Valérie Amiraux. Pousseront cette porte des associations, des porteurs de projets, des organismes qui savent ce dont ils ont besoin, qui ont une idée claire, mais qui cherchent les ressources intellectuelles, l’appui étudiant ou les relations nécessaires au développement de leur vision.»

Deuxième volet de ce don, l’Alimenthèque se présente un peu comme le prototype des projets qu’UdeM citoyenne permettra de bâtir. L’idée est d’en faire l’espace de diffusion de savoirs nutritionnels et universitaires, de production agricole urbaine et même de distribution de produits alimentaires dont l’ouest de Côte-des-Neiges a besoin. «La station Namur est la moins achalandée du réseau, explique Valérie Amiraux. Ça dit quelque chose du manque d’attractivité de l’endroit, mais aussi des habitudes de déplacement et de vie de ses habitants…» Elle qui a tant poussé pour ce projet propulsé par Multicaf et l’UdeM rêve de le voir contribuer au mieux-être collectif, proposer un espace de rencontre, de restauration, des cours de cuisine, une épicerie… « Avec un tel don, on peut tout imaginer, surtout depuis une université aussi riche d’expertises que la nôtre!»

Sensible à la situation sanitaire en République démocratique du Congo, l’UdeM entretient depuis près de 15 ans des partenariats avec différentes institutions congolaises. Depuis 2022, elle est engagée avec un financement canadien dans un vaste programme d’appui à la santé des femmes, des filles et des survivantes dans le Sud Kivu. Programme qui s’appuie sur une collaboration avec la Fondation Panzi, fondé par le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018. Avec le soutien de cette Fondation, de son hôpital et d’établissements partenaires, les survivantes de violences sexuelles bénéficient d’un accompagnement holistique — médical, psychologique, juridique et socioéconomique. «Grâce au don de la Fondation Marcelle et Jean Coutu, se réjouit Valérie, nous pourrons renforcer la prise en charge des survivantes et couvrir des besoins non couverts par le programme pour la santé des femmes dans la région». Une partie du don complémente ainsi le programme dans le Sud Kivu, tandis qu’une autre contribue à soutenir l’implantation de la couverture universelle des soins (CSU) au Congo en collaboration avec l’Institut national de santé publique (INSP) dans les régions où l’UdeM est impliquée.

Crédit: Fondation Panzi

Un maître-mot: collaboration

Le fil conducteur de tous ces projets à fort impact social? La collaboration étroite de l’UdeM avec des acteurs locaux. Jusque dans cet habitat modulaire qui nous accueille, l’Université joue à fond son rôle d’appui et de médiatrice. «C’est l’équipe de Valérie qui nous a mis en relation avec la Mission Old Brewery, confirme Jean-Sébastien Patrice, le directeur général de Multicaf dont l’organisme livre aux résidents leurs repas. Et ça, c’est sans compter la contribution de leurs étudiantes et étudiants au fonctionnement de la ferme urbaine de l’hippodrome: on parle de 5 tonnes d’aliments produits, dont une partie se retrouve dans les assiettes des personnes en situation d’itinérance.»

Du HMA à UdeM citoyenne, en passant par la santé des femmes en RDC ou l’Alimenthèque, un même mouvement est finalement à l’œuvre. Celui d’une Université capable non seulement de transformer la société par le haut, grâce à la recherche, les labos et l’innovation, mais aussi de collaborer avec la communauté, de se glisser dans tous les interstices de la société, pour changer la vie de tous les jours. C’est par ce triple mouvement, ascendant, descendant et surtout collectif, que son impact sur l’avenir et le bien commun se mesurera.