Tombée par hasard dans le monde de l’optométrie, Christine Breton en est devenue l’une des figures de proue. Co-pdg d’Opto-Réseau et présidente du conseil consultatif de l’École d’optométrie, elle met toute sa passion, son énergie et sa bonne humeur au service des yeux des autres.

Même en visioconférence, il y a des personnes qu’on cerne au premier sourire. Dont on sait, dès les premiers mots échangés, qu’une lumière intérieure les énergise. Christine Breton est l’une d’entre elles. Engagée dans L’heure est brave à titre de présidente du conseil consultatif de l’École d’optométrie, la co-présidente et directrice générale d’Opto-Réseau ne se contente pas de mettre les autres en avant, de leur lancer des fleurs, ou de se dire chanceuse d’être bien entourée. Non, c’est plus subtil que cela. Elle dégage quelque chose de différent, quelque chose en plus, un altruisme qui, pour une fois, ne serait pas qu’un mot galvaudé.

« J’ai vu mon père vendre son entreprise non pas au plus offrant, mais à celui qui poursuivrait un peu sa vision, raconte-t-elle avec une certaine émotion. Fait-on des choix pour l’argent ? Ou bien pour le cœur, pour la raison d’être, pour un engagement plus grand, pour ce qu’on a envie de laisser, pour les suivants donc ? » Chez Christine Breton, la réponse va de soi. Comme va de soi son implication avec l’UdeM, motivée par le désir de rendre accessible le savoir aux autres, d’élargir les horizons des jeunes et même de les aider à se réaliser.

“Il faut savoir reconnaître la part de chacun”

« Je commence toujours nos rencontres du comité en remerciant les gens pour ce qu’ils ont réalisé depuis la dernière fois, mais aussi pour le temps qu’ils nous consacrent, poursuit-elle. Après tout, ce n’est pas mon comité, mais le nôtre! » Cette bonne habitude lui vient là aussi de ses parents, entrepreneurs dans le domaine agricole. Elle les voyait régulièrement remercier leurs employés, leurs fournisseurs, leurs voisins qui donnaient un coup de main, bref toutes celles et ceux qui les entouraient. Question de politesse, de respect, mais aussi de collégialité. « Aussitôt qu’on est dans un modèle de gestion, il faut savoir reconnaître la part de chacun, insiste-t-elle, la reconnaître et la verbaliser. »

Verbaliser, voilà son maître-mot. Verbaliser les ambitions, verbaliser les objectifs, nommer les obstacles, mettre les mots, dire les choses, c’est comme une obsession. Dans ses fonctions à la tête d’Opto-réseau comme de Présidente du conseil de l’École d’optométrie, son sens de la communication fait toute la différence. Une nouvelle fois, l’héritage parental n’est pas loin: « Je les ai vus faire au quotidien, lorsqu’ils organisaient des rencontres en vue d’acquisitions. Dans l’agriculture, vous savez, on parle de sommes importantes, il faut discuter longuement, et je crois que ça a vraiment contribué à bâtir la personne que je suis.» On ressent ce goût de l’échange jusque dans sa manière de participer à cet entretien, avec ce mélange un peu déconcertant de naturel et d’humilité.

C’est peut-être là ce qui explique, d’ailleurs, pourquoi elle aime tant s’entourer des meilleurs. Quand on approche ainsi la discussion, on considère nécessairement l’autre comme un égal, dont on aurait à apprendre. Elle nous le confirme : « Personne n’a toutes les compétences requises ! Quand je suis arrivée sur le comité de la grande campagne, mon intention était claire : on allait s’entourer des meilleurs. C’est pour cette raison que je suis allée piocher des talents chez mes confrères et compétiteurs. Pour mettre autour de la table ce qui se fait de mieux et atteindre le résultat qu’on s’est fixé. C’est en mixant des talents différents, qu’on accomplit des miracles! » La preuve : l’objectif officieux de l’École d’optométrie va au-delà de l’objectif demandé. Le comité consultatif s’y est même engagé… mais chut!

Petite bannière devenue grande

Cette énergie et cette capacité à rassembler, Christine Breton les doit aussi à une trajectoire moins rectiligne – mais quelque part plus méritante – que d’autres PDG du secteur médical. Les circonstances de la vie l’ayant empêchée d’avoir accès à des études universitaires, elle a gravi tous les échelons un par un – et à une vitesse peu commune. Après son diplôme d’études techniques en administration, elle passera ainsi en quelques années de commis comptable chez un fabricant de briques d’argile, à gestionnaire des approvisionnements chez Essilor Canada (d’abord à l’échelle du Québec puis de tout le Canada). « J’avais juste 24 ans, et j’ai demandé au président de passer du côté des ventes, s’amuse-t-elle. J’ai toujours été comme ça : quand j’arrivais au bout d’un défi, je m’en lançais un suivant.»

Un jour, elle apprend qu’un de ses clients, un regroupement d’optométristes, recherche son directeur-général. Son nom : Opto-Réseau. Avec toute la « naïveté » de ses 28 ans, Christine applique… et obtient l’emploi. « En ce temps-là, c’était une petite bannière de 14 points de vente et 300 000$ de budget, se souvient-elle, mais elle était constituée de gens de cœur et de passion qui avaient deux choses en commun : une vision claire et le désir de s’unir pour offrir une solution visuelle de qualité à la population.» 25 ans plus tard, la petite bannière est devenue grande : on parle désormais de 88 points de vente, de 40 employés au siège social et d’un chiffre d’affaires de plusieurs millions $. Le don d’un engagement total de 330 000 $ qu’Opto-Réseau a récemment fait à l’École d’optométrie témoigne de cet impact majeur sur la profession.

Avec un tel succès entrepreneurial à son actif, pas étonnant que Christine Breton ait été approchée pour devenir jury du concours L’impact Millénium Québecor. Pourtant, ce n’est pas de ses résultats mirobolants dont la directrice se félicite le plus. « Ce dont je suis la plus fière, assure-t-elle, c’est que tout au long de sa croissance, Opto-Réseau est toujours restée fidèle à ses valeurs et sa mission. On peut croître, on peut croître vite même, mais il est important de rester soi-même. »

Le savoir-faire ne remplacera jamais le savoir-être

Cette dernière phrase pourrait aussi s’appliquer à celle qui la prononce. Malgré sa « success story » entrepreneuriale, malgré ses responsabilités immenses, malgré le poids des chiffres et celui de ses fonctions, Christine Breton n’a, elle non plus, pas changé d’un iota. Elle est toujours cette même personne humble et énergique qui, plutôt que de se satisfaire de ce qu’elle n’avait pas, a travaillé deux fois plus fort, pris des cours d’appoint, lu et suivi des formations, parce qu’elle savait, et sait toujours, qu’un capital éducatif ne remplacera jamais l’investissement en soi-même.

« Je suis convaincu que mon parcours m’a rendu versatile, et que cette versatilité sera le grand défi de la relève », insiste-t-elle. Au-delà de sa capacité à mobiliser les énergies, au-delà de la passion et de la bonne humeur qu’elle insuffle au sein du conseil de l’École d’optométrie, c’est aussi pour cette conviction qu’elle s’implique à l’Université : le savoir-faire ne remplacera jamais le savoir-être. « Je le répète à tous les jeunes que j’accompagne dans mes fonctions, conclut-elle, le sourire au coin des yeux. Ton savoir n’est qu’une base pour arriver quelque part. C’est ta curiosité, ton ouverture, tout ce qui fait la personne que tu es, qui fera vraiment avancer ta vie, tes projets, tes défis… Et le Québec aussi. »