Sean Finn fait partie de ces personnes qui donnent envie de les suivre. Nouvellement nommé président du Comité consultatif de la Faculté de droit, cet homme d’affaires s’est donné des ambitions élevées. Rencontre avec un leader prêt à jouer son rôle de locomotive…

«Ma force, c’est de bâtir des consensus pour concrétiser une vision commune.» En recrutant Sean Finn comme président du Comité consultatif de la Faculté de droit, L’heure est brave s’est adjoint les services d’un professionnel chevronné. «Gars de réseau», comme il se décrit lui-même, ce diplômé en droit (1981) a officié pendant presque 30 ans au cœur, puis cadre exécutif du Canadian National (CN). Embauché comme Vice-président de la fiscalité en 1994, il est devenu trésorier, vice-président exécutif des services corporatifs, chef du contentieux et secrétaire du conseil de ce fleuron entrepreneurial canadien pendant 20 ans.

Des dossiers épineux, des consensus à bâtir, des visions à concrétiser, il en aura connu pendant toutes ces années, à commencer par la privatisation de l’entreprise en 1995. Proche des gens et de leur vie quotidienne, Il aura même réussi à développer un réseau de comités communautaires chargés de tisser un lien entre le CN et ses voisins au Canada et aux États-Unis – premières nations y compris. Il voulait que le train ne soit pas perçu comme un simple transporteur de marchandises, mais comme un acteur à part entière des communautés. Un objectif pas si éloigné de celui qu’il s’est fixé pour le Comité facultaire…

Une vision claire

Quand on le rencontre, Sean donne ce sentiment, curieusement rassurant, d’être totalement présent face à vous, enraciné même, et en même temps d’avoir un coup d’avance. En quelques mots échangés, sa personnalité ressort, celle d’un professionnel droit, direct, sans détour, et en même temps d’un homme affable, disert et facile d’accès. Les pieds plantés dans la terre et son regard dans le vôtre, il dégage cette impression de savoir précisément où il va. Et comment s’y rendre.

Informée aussi bien par sa personnalité, que par son expérience professionnelle et sa parenthèse de leader communautaire (il a été maire de Saint-Lambert), sa méthode est éprouvée et fait autant appel à ses qualités qu’à celles des autres. S’il est une véritable locomotive lorsqu’il s’engage pour une cause, il n’est pas de ceux qui tirent les wagons tout seul. «On bâtit des consensus en écoutant, acquiesce-t-il d’une voix grave et posée. Il faut s’entourer de gens plus compétents que soi, prêter attention à tous les avis, trouver leurs points communs, définir les objectifs et finalement déléguer pour obtenir des résultats.»

C’est cette philosophie qu’il compte appliquer à la présidence du Comité consultatif de la Faculté de droit pour appuyer la doyenne Geneviève Saumier. Depuis trois ans qu’il en est membre, il a eu l’occasion d’observer attentivement la situation et d’en comprendre les défis philanthropiques. Fort de ses expériences en levées de fonds, il souhaite transformer le comité en véritable plaque tournante. «Ce groupe de personnes ne doit pas seulement conseiller la doyenne pour le temps de la campagne, lâche-t-il. Il doit devenir un pont permanent entre la Faculté de droit et ses diplômés, pour s’assurer de les solliciter annuellement et efficacement à titre individuel ou via leur entreprise.»

Approfondir la culture du don

Et comment se rend-on jusque là? «Contrairement à d’autres facultés, c’est vrai que c’est un peu plus difficile de mobiliser en droit», reconnaît-il d’emblée. La situation s’explique. Il y a d’abord l’obstacle géographique: à Montréal, l’écosystème juridique se trouve en partie de l’autre côté de la montagne, à l’opposé du camp de base de l’UdeM. «Mais il faut aussi prendre en compte le contexte de travail, ajoute Sean. Un associé ne se sent pas forcément interpellé individuellement. Il se dit que son cabinet va donner.»

Cette situation n’est pas une fatalité. Pour Sean, la Faculté de droit doit simplement approfondir sa culture du don. En faire une habitude, un réflexe presque, pour assurer sa pérennité bien au-delà de L’heure est brave. Une fois qu’un diplômé devient donateur, il comprend mieux ce que provoque la générosité, son pouvoir transformateur sur le monde autant que sur lui-même. Faire un geste devient alors quelque chose de moins réfléchi, de plus naturel. «Quand on appelle quelqu’un qui n’a jamais donné, c’est un ouvrage de l’engager, d’expliquer comment les fonds seront utilisés… Alors que si les gens donnent régulièrement, ils se mobilisent plus aisément. Ce sont déjà des alliés.» Reste donc à augmenter leur nombre…

L’union sacrée

Dans une campagne pour un hôpital pédiatrique – notre interlocuteur en a fait plusieurs pour le Centre hospitalier de St. Mary et l’ Hôpital de Montréal pour enfants – c’est plus facile d’engager: l’enjeu est clair, les investissements sauvent des vies, il y a un enfant malade derrière chaque nouvel appareil… Donc, tout le monde est mobilisé au nom d’un objectif presque sacré. «C’est le même genre de sentiment que nous devons susciter à la Faculté de droit. Il faut qu’on soit en mesure de montrer un projet concret qui, sans donateur, ne verra pas le jour. Comme une clinique d’aide juridique pour les entrepreneurs par exemple! Qu’on soit capable, aussi, d’expliquer en quoi l’enseignement du droit a évolué. Et surtout pourquoi financer ces programmes innovants fera avancer la société!»

Pour Sean, cette mobilisation des diplômés est presqu’un devoir moral. Surtout quand les budgets publics se réduisent comme peau de chagrin. Dans son esprit, chaque personne diplômée a reçu une formation d’une grande qualité, hautement subventionnée qui plus est. Il est donc logique de redonner pour que les suivantes aient la même opportunité. «Nous devons notre succès à l’excellence de la formation que nous avons reçue à l’UdeM, insiste-t-il à plusieurs reprises, comme un mantra. Oui on cherche des dons majeurs, mais il n’y a pas de petit geste pour rendre à l’Université ce qu’elle nous a donné. 83 $ par mois, c’est 1000$ par année. Si tu fais ça pendant toute ta carrière de juriste, c’est déjà un grand héritage que tu laisses à l’Université et à notre Faculté de droit.»

Retour aux sources

Derrière ces valeurs profondément ancrées se cache une éducation. Une famille tissée serrée. Des racines irlandaises aussi. Celui qui a longtemps été trésorier de la Société St-Patrick de Montréal ne cache pas son admiration pour son héritage irlando-québéco-canadien, pour la culture de l’entraide qu’il a reçue, mais aussi pour son père qui incarnait tout cela si bien. Il faut l’écouter raconter avec tendresse l’arrivée de son paternel au Canada en 1914, ses efforts constants pour s’intégrer, son bilinguisme auquel il accordait tant d’importance et qu’il a transmis à ses enfants, son désir de redonner, aussi, en devenant bénévole pour la campagne annuelle de Centraide, la manière, surtout, dont il a toujours répondu présent pour les autres… On comprend alors beaucoup mieux l’engagement “naturel” de son fils, son désir de redonner aussi bien à son alma mater qu’à la collectivité.

À l’en croire, les deux sont d’ailleurs intimement liées. «L’Université de Montréal joue un rôle fondamental dans notre communauté, opine-t-il, comme si l’une n’allait pas sans l’autre. Elle forme notre jeunesse, elle lui donne une expérience et une formation académique hors pair, elle prépare la future génération qui assurera la croissance de notre société. C’est très précieux. L’UdeM est un joyau collectif, et ce joyau collectif a besoin de notre soutien.» Voilà une vision commune et exaltante. Ne reste plus qu’à bâtir un consensus pour la concrétiser – et en assurer le succès.